23 mai 2007

Sois moche et tais-toi

"Je n'attache aucune importance à l'apparence physique"

 

C'est ce qu'à sorti le responsable de l'agence avec qui je travaille en ce moment, lorsqu'on s'est moqué de lui parce qu'il était le seul à ne pas avoir remarqué que la personne avec qui il a parlé toute la matinée, était enceinte.
"Je n'attache aucune importance à l'apparence physique". Depuis quelques jours, cette phrase hante mon esprit.

 

 

Cette phrase et une autre.  

 

 

Vendredi soir, j'ai invité un de nos couples d'ami à dîner. Deux garçons adorables. F., l'un des deux, travaille dans la même boîte que moi. Mais si, en tant que stagiaire, je suis le dernier bastion de la hiérarchie, lui fait partie du peloton de tête.

Bien qu'évoluant dans un milieu et sur un marché qui est assez loin de mon monde, j'aime bien ma boîte. J'aime bien, parce que justement pas glamour, ça a le mérite de ne pas me ressembler. Non pas que je me considère comme une glamazone, mais il faut reconnaître que c'est pas franchement la branche dans laquelle on peut m'imaginer. Donc chaque jour est un défi. Et ça, j'aime. J'aime mon boulot pour ça. Pour le défi.

 

 

 

En ce moment, l'année prochaine est au coeur de mes priorités. Parce que me retrouver sur Paris sans C&T me fait plus peur que je n'ose (me) l'avouer. Parce que je ne sais pas voir la fin d'une année comme une mini-mort.
Cette perception de fin et de début. De page tournée pour une nouvelle encore vierge, où tout est à écrire. Une quatrième année. Une continuité. Un si grand changement. Parce que je vois Baby RP devenir grand. Et ça commence à être de plus en plus bientôt.

 

L'année prochaine, je dois également accéder à des postes de responsabilités. Ca, par contre, ça ne me fait pas peur. J'ai confiance en mes capacités, en mes compétences. J'ai donc parlé de cette idée qui me semblait particulièrement géniale à mon pote.

Accéder à un poste de responsable, en alternance, dans les locaux parisiens. Mettre au service de cette boîte ma connaissance de l'entreprise, mes bagages de communiquant, et mon expérience en relations presse. Je lui parle des avantages pour moi, et des avantages pour l'entreprise. Je sais que mon travail y est d'ores et déjà reconnu. Et que j'ai quelques références dont je n'ai pas trop à pâlir. Bref, je suis assez sûr de moi et de mon idée, qui me semblait particulièrement géniale.

 

 

 

Bizarrement, il ne me sembla pas aussi emballé que moi. Gêné, même. Puis il se lance.
En effet, mes compétences sont réelles et reconnues. En effet, l'idée n'est pas si mauvaise. En effet, je suis apprécié pour mon travail. Mais il pense que ça ne sera pas possible. Je n'ai même pas 25 ans. Je trouve cette excuse bidon. Ce n'est qu'un stage !  

Alors il m'avoue. C'est une question d'image. Pas de look. Même si mon look n'est pas forcément adapté à la boîte. Je lui explique que, là, si je porte un slim couture et une chemise très ouverte, je ne vais pas bosser dans cette tenue, et il le saît. Oui, il le saît. Mais ce n'est pas que le look. C'est un tout. Une attitude. Un personnage. "Tu es trop ... John Galliano"

 

 

Le message est passé. J'encaisse. 

 

 

Premièrement, je n'aurai jamais cru que la mention de Galliano pouvait avoir une connotation à ce point douloureuse.
Puis réalise qu'importent mon savoir-faire, mon professionnalisme. Qu'importe que je me défonce pour cette boîte. Qu'importent mes résultats scolaires, ou le fait que je sois sorti pas trop mal classé de ma promo. Qu'importent mon book et mes retombées sur BFM ou dans le Monde. Qu'importe également que ce poste de responsable, je le tienne depuis presqu'un mois, déjà.
Qu'importe l'ivresse, le flacon ne convient pas...

 

 

 

Le seul truc que je ne puisse pas maîtriser, que je ne puisse pas travailler, pas modifier. On peut bosser, apprendre, progresser, mais soi, en soi ? 

 

 

 

Alors, j'ai souri, reproposé un verre, suis passé en cuisine et suis passé à autre chose. Sauf que depuis vendredi, je ne pense qu'à ça.
A ça, et à cette phrase qu'à sorti le responsable de l'agence avec qui je travaille en ce moment.

 

 

"Je n'attache aucune importance à l'apparence physique"...

Commentaires

la vie est une jungle...mais je me prends pour jane, alors moque toi des remarques, si tu te laisses atteindre par cela qu'en sera -t-il devant un boss stupide...mysogine, homophobe(oui il cumule les tares)..il vaut mieux etre trop "galliano" et ne pas passer inapercu qu'etre un vulgaire flacon du monop, non? L'important est de ne pas se perdre soi, de ne pas s'oublier, de ne pas se plier face aux autres, certes il faut de l'adaptabilite, j'en conviens mais pas de la fadeur,pas de la mollesse, pas du poliquement correct, du tiède: Mon Dieu je deteste ces demiteintes...De nos jours tout est aseptisé, lissé pour ne pas gêner le puritanisme montant rampant, glissant,hémétique, le conformisme...Ca me saoule pour parler trivialement... Haut les coeurs, pars à la conquête du monde, ne doute pas de ton idee, ne doute pas de toi, ne doute de rien, le monde appartient à ceux qui rêvent! Et ne parle pas de ton idée, crois en elle, nourries la, fais la evoluer...et nous verrons qui aura le dernier mot, les moutons de Panurge ou Toi!

PS: Je n'attache aucune importance à l`apparence physique... pour une femme enceinte....étrange phrase...

Ecrit par : Leila | 23 mai 2007

C'était donc ça les réflexions faites ce week end que tu évoquais dans ton mail...
Je comprends que cette réflexion t'ai choqué. Parce qu'en fait tu t'es fait juger et qui plus est par quelqu'un que tu penses bien intentionné. Tu as été blessé.
Mais c'est tellement subjectif tout ça. Tu ne plairas jamais à tout le monde. Ce que ce mec réprouve chez toi (ou tout du moins trouve too much), d'autres penseront que c'est un atout!
J'ai l'exemple tout trouvé: tu as du remarquer que j'étais une mini portion (si, si tu l'as remarqué, ne t'en cache pas;-)) Eh bien certains pensent ouvertement que j'aurais vachement préféré être plus grand, d'autres adorent justement ce côté là chez moi et pensent que c'est ma plus grande qualité (et ils sont en nombre, je n'ai pas à me plaindre, merci;-)) justement parce que ça fait partie de ce qui me permet de me distinguer de la foule. Un jour, un toulousain très mignon m'a dit que si je n'étais pas petit, je ne serais pas aussi mignon...
Alors je considère cet aspect de moi comme le plus grand de mes atouts...
Considère toi et tout ce qui fait que tu es toi comme le plus grand de tes atouts. Tout ce que tu as eu jusqu'à maintenant, tu l'as eu grâce à toi. Et tout au long de ta vie ça continuera. Fais confiance à ce que tu es, ne gomme rien, cela ne pourrait que te porter préjudice.

Allez, des bises T. les beaux yeux.

Ecrit par : Ditom | 23 mai 2007

"Il vaut mieux plaire à l'intendant qu'à Bouddha"...

Nous, on t'aime comme ça. Et si t'es compétent, tu feras forcément ton trou. Avec tes atouts à toi. Si c'est pas là, ce sera ailleurs!

Ecrit par : phan | 23 mai 2007

@ phan : bravo
@ t : tu sais ce que j'en pense loulou ...

Ecrit par : la Fée so slut | 23 mai 2007

Une note qui nous montre encore qu'il n'est pas facile de trouver sa place dans un monde où l'apparence physique n'a que peu d'importance!
Sois toi, suis tes convictions, sois subtil et prends à revers ces jugements blessants. Tu es comme tu es, il est comme il est, nous sommes comme nous sommes et nous avons tous à chacun des qualités que d'autres prétendent être des défauts! ;)

Ecrit par : cri-cri | 23 mai 2007

Je suis aux antipodes de toi, de ton mode de vie et de tes aspirations, sur Lille ou ailleurs. Cependant, je viens sur ton blog quand un message reçu chez moi m'invite à découvrir tes notes les plus récentes. Et là, je lis et je perçois bien ton trouble.
Tu dois apprendre à imposer ta façon d'être. Surtout si elle habille tes compétences. Laisse dire les gens qui attachenet plus d'importance au flacon qu'à ce qu'il contient. Certes, ils peuvent te mettre des bâtons dans les roues mais, en bout de course, ils finiront par s'épuiser car eux n'ont pas de répondant. Reste donc toi même sans te renier. Refuse les compromis que tu jugerais trop exagérés sur ta façon de t'habiller, de parler, de bouger.
A titre d'anecdote je te livre celle-ci: il y a quelques années je suis parti pour travailler en Egypte en pleine période islamiste. Mon responsable m'avait vivement conseillé de me raser craignant que je passe pour un Frère Musulman sur place (je suis assez typé il faut dire, pour mon plus grand plaisir d'ailleurs!). J'ai refusé tout net et j'ai contourné le "problème" en adoptant une coupe plus européenne. Il faut que tu trouves un point d'équilibre mais personne ne doit t'imposer un "dress code" dans la mesure où il n'est pas clairement défini par un contrat de travail. L'objectivité d'un avis oui, la subjectivité non. La critique ne peut servir que lorsqu'elle sert à proposer quelque chose et avancer. Les remarques de ton ami et collègue sont des échos vides qui, en plus, restent ses perceptions personnelles. A prendre avec des pincettes.
Pour finir sur une note plus drôle: Galliano m'insupporte comme toutes ces follasses de la mode qui se croient vraiment sorties de la cuisse de Jupiter, mais Dieu qu'il fait de jolies choses! Ca n'est donc pas le symbole du mauvais goût :-)

Ecrit par : Hugo Qb | 23 mai 2007

@ Leila et Ditom : Ce que vous me dîtes me touche. Beaucoup. Mais, si je suis d'accord, parce que je ne veux pas renier ce que je suis, je suppose que je comprends ce qu'ils peuvent me dire.
Et puis, si ça plaît à certains, apparemment c'est pas ceux qui me permettront de bouffer ! :)

@ Phan : mmmouais... Mais le problème c'est : et si je veux pas être ailleurs ? Et puis, c'est plus large que ça. Je trouve ça injuste, dégueulasse que l'image (négative, of course) prime sur les compétences.

@ La fée : je sais... je ne le sais que trop :)

@ cri-cri : "Une note qui nous montre [que] l'apparence physique n'a que peu d'importance" ou en l'occurence un peu trop, justement !

Ecrit par : T. | 23 mai 2007

@ Hugo : Je souris et respire en te lisant ! Et je pense que tu touches du doigt la solution.
:])
Merci.

Ecrit par : T. | 23 mai 2007

Je me rends compte de l'importance de la cuisine dans sa maison, lieu de repos, de la vaisselle, seuil permettant de "passer à autre chose".

Dépasse ce stade de "l'apparence physique" (Genre je vais donner des leçon, moi...). Comme la cuisine, ce n'est qu'un seuil pour passer à autre chose. Il y a ceux qui bloquent à l'entrée, ne comprennant pas. Et il y a ceux qui y passe pour "passer à autre chose", pour savoir, comprendre, découvrir.

J'ai un ami pour qui "vous êtes jeunes" lui a vallu d'être débarqué, parce que 25 c'est jeune, d'un projet de feuilleton TV, pour lequel il s'est battu.

A la rigueur de nos jours, comme pour les élections cela dit en passant, il faut être vieux, conservateur !

PS : Je pense qu'aujourd'hui, c'est à peu prês lisible, n'est-il pas !

Ecrit par : Noa Sensei | 23 mai 2007

C'est marrant, mais j'ai toujours eu des soucis liés à des choses similaires : l'apparence, ou plus précisément, le comportement (car si je décrypte bien ce que tu dis, tu es plus fiché sur une perception subjective de ton entourage que sur une apparence "à côté" de celle des autres.

Ceci dit, il ne faut pas dramatiser, tu as le choix. Tu trouveras toujours des gens qui savent passer au-dessus des apparences. Mais, si tu choisis de rester ce que tu es (je te le souhaite, hein) tu devras toujours ramer beaucoup plus que les autres pour arriver au même résultat.

Peu importe ta compétence réelle, les faux-semblants dominent notre monde ! Tu peux aligner résultat sur résultat, tu es toujours (dans mon cas) l'original, l'atypique... Ceci dit, on peut très bien vivre avec, hein.

Bref, courage, car tu devrais en avoir besoin !

Ecrit par : Phiip | 23 mai 2007

C'est qui John Galliano ? :)
Sois simplement T. et encule ceux que ça ne contente pas. Peut-être seront-ils alors contents de quelque chose.
Comment ça c'est pas glam' ?

Ecrit par : Matt | 23 mai 2007

Cher T. que je ne connais pas,
ton histoire me rappelle un moment assez douloureux de mon début de carrière, quand une jeune débutante en événementiel organisa la plus belle des manifestations en y passant ses journées entières et en sacrifiant quelque peu sa sérénité et son appétit. Le jour J arrive, tout se passe bien, les félicitations pleuvent... la jeune débutante est aux anges jusqu'à ce que...en cloture de soirée, au moment des photos souvenirs de l'événement, le big boss lui demande de ne pas se mettre à ses cotés sur la photo. Trop grande la jeune débutante, une tête de plus que le pacha l'aurait vraiment géné. Juste pour une photo d'équipe, même pas diffusée. Juste un petit accro à la journée mais tellement blessant!
Eh bien, la fois suivante le big boss avait un pupitre avec estrade pour le discours de cloture et lors de la photo souvenir, perché sur son estrade il dominait tout le monde, mais celle qui avait le plus grand sourire était la jeune débutante au premier rang, devant l'estrade dudit pacha, noyé derrière dans son besoin de supériorité.

Ce que je veux vraiment te transmettre par cet échange, c'est que je ne peux pas me faire plus petite, je peux au mieux éviter les talons hauts. Mais j'ai appris de cette expérience, sans me changer moi, j'ai changé le contexte, changé de point de vue.
Cette personne sans doute adorable est venue chez toi, au coeur de ton intimité et a ébranlé ta perception. Mais tout ça n'est qu'une affaire de circonstances, d'impression. Alors évite les talons hauts, fais cet effort, mais n'oublie jamais que tu as toute légitimité et compétence pour être devant sur la photo.

Ecrit par : Nathalie | 23 mai 2007

@ Noa : c'est bien la première fois que je rentrai dans cette cuisine ! :)
Plus sérieusement, we will see...

@ Phiip : le truc c'est ça : et si ce que je suis, c'est aussi de bosser là dedans ? Parce que le problème de l'image (parce qu'en effet, c'est plus une attitude qu'une apparence) qui est pointé ici, je le retrouverai dans tout le même milieu. La finance, l'institutionnel, les trucs sérieux...
Oui, je suis ce que je suis, et je m'apprécie tel que je suis (heureusement !) mais je ne veux pas forcément me retrouver dans un monde jugé "me correspondant plus".
Mais je me battrai pour leur prouvé que je suis le meilleur ! et qu'en plus, je suis mieux sapé :)

@ Matt : comment te dire, chéri... T'as juste tout faux... ;-])

@ Nathalie : ton histoire est.. si belle, si touchante. Et d'une écriture remarquable !
Si tu me le permets, je t'écrirai un mot plus personnellement...
Merci.

Ecrit par : T. | 23 mai 2007

J'ai eu moi aussi "le problème de l'âge" pendant les 5 premières années de vie professionnelle... Dieu que j'ai trouvé ça long et injuste. Et puis ça se tasse, tout ça, un jour...
De même, mon caractère réservé (et oui, on a du mal à y croire mais c'est vrai) m'a également joué des tours dans ce monde de la communication. Mais ça aussi, comme le reste, c'est tassé.
On m'a recalé à des entretiens, refusé des promotions, usé de ma gentillesse et j'en passe. Le fait d'être homo m'a valu un licenciement, aussi, il y a 5 ans.J'ai fini par monter ma boite.
Maintenant, j'ai ré-intégré le circuit salarié et, fort de ces expériences douloureuses, c'est comme si j'avais 20 ans de bouteille et c'est devenu un atout.
N'essaie pas de brûler les étapes. Ils serait très malhonnête de te dire que tout ira bien et que les soucis sont derrière toi. Ils commencent à peine. Néanmoins, je pense que plus on vit les galères et les injustices tôt, plus serein sera l'avenir . Et quand on est boen entouré (mec, amis, famille etc...), ça aide beaucoup. En tout cas, c'est ce qui m'a permis de tenir et d'avancer.
C'est tout le mal que je te souhaite.
La bb, dfp.

Ecrit par : dfromparis | 24 mai 2007

pas le temps de faire un long commentaire... mais t'inquiètes pas : ce genre de remarques débiles siègent en tout domaine... même chez moi, dans le social !!

alors si on trouve des personnes qui jugent à l'apparat dans mon monde, et pour avoir expérimenté les soirées com'... je me dis que tu ne devrais prendre ça que comme une remarque comme une autre... et laisser glisser.

(parce que c'est un tas de bullshit de dire ça... c'est ton boulot qui compte, pas ton "look")

Ecrit par : Tg | 25 mai 2007

Holala ! je crois que j'allais piquer une crise.
-1- "Je n'attache aucune importance à l'apparence physique", moi direct mon poing dans sa gueule. Cette femme n'est pas un morceau de viande.
-2- "Tu es trop ... John Galliano", même traitement. Parce que décidemment, on en a marre de tous ces cons.

Mais bon, c'est facile d'écrire ça, moi tranquillos dans mon fauteuil.
Mais ça m'énerve !

Ecrit par : MarcelD | 25 mai 2007

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